REVUE DE PHOTOGRAPHIE DE NATURE ET DE FAUNE SAUVAGE

 

ASCPF - TELEOBJECTIF

 
 

 

 

SUR LA PISTE

DU TIGRE

Texte et photos : Hervé Fourneau

C'EST DANS L'ATMOSPHÈRE

SILENCIEUSE D'UN MATIN

DE PRINTEMPS...

 

      que nous avons pénétré la réserve de Ranthambore en Inde. Une brise légère et rasante balayait la piste que nous empruntions et par intermittence un nuage de poussière nous obligeait  ralentir. Les rayons de lumière dorée filtraient les particules en suspension conférant au lieu une ambiance étrange.

Il était tout juste 6h00. Ranthambore prenait vie. Lentement. Autour de nous, les oiseaux déjà voletaient de branche en branche, lançant avec véhémence cris et piaillements, comme pour sortir les habitants de la jungle de leur torpeur nocturne.

 
 

 
Nous étions au mois de mai et si les températures matinales restaient supportables, celles de l'après-midi l'étaient beaucoup moins. Pour nous, sortir au lever du soleil était donc idéal, tant pour l'exceptionnelle lumière dont nous pouvions bénéficier que pour la très relative fraîcheur de l'air. Nous étions trois dans le véhicule qui nous emmenait. Trois amis réunis par un intérêt commun pour cet animal de légende qu'est le tigre. La veille, nous avions contacté un autre photographe, venu lui aussi spécialement pour le félin mythique. Il  nous avait indiqué avoir observé deux individus à l'intérieur de la réserve. Nous avions donc bon espoir de faire enfin la merveilleuse rencontre....

 

 
Progressant sur la piste, nous prenions toutefois le temps de photographier les autres animaux et les jeux de lumières dans l'entrelac des arbres encore assoupis. La rosée qui perlait les herbes sèches donnait l'illusion d'un tapis de gemmes. Les singes langurs commençaient leur quête quotidienne de nourriture et le contre-jour irisait d'or leur fourrure épaisse.
Les palmiers ondulant au rythme du vent, émergeaient de la brume, tels des fantômes. L'air était encore tiède. Nous repérâmes un bel étang où se baignaient quelques cerfs sambars. Occupés à fouler le vase pour y dénicher leur subsistance, les animaux s'immobilisèrent soudain, la tête tournée vers la forêt, la queue dressée en panache, visiblement troublés. L'un des cerfs poussa soudain un cri rauque, donnant ainsi le signal de la fuite. La débandade qui suivit nous offrit un superbe spectacle. Les animaux couraient en tout sens, soulevant des gerbes d'eau dont les gouttes scintillaient dans la lumière jaune.
 

 

 

 
C'est alors qu'un tigre magnifique apparut de l'autre côté du point d'eau. L'allure nonchalante, il ne semblait pas être en chasse et les cerfs ne l'intéressaient absolument pas. Sortant du bois, il se dirigea droit dans notre direction. La tête basse, il avançait dans cette attitude tranquille propre aux animaux sûrs de leur puissance. De temps à autre, il levait son regard perçant vers nous. La confrontation était si excitante ! Nous ne soufflions mot. Les reflets flamboyants de son pelage roux barré de sombre l'auréolaient d'un caractère presque divin.

Puis il fit demi-tour pour rejoindre un ruisseau qui sinuait dans la végétation, derrière les arbres. Il resta là quelques minutes pour nous permettre d'ajuster notre mise au point et faire nos images. Ensuite, il longea le ruisseau. Nous aussi, car heureusement le tracé de la piste nous autorisait à le suivre. Il nous entraîna jusqu'à une petite retenue d'eau que formait la rivière au milieu des roseaux.
Il y entra à reculons et nous permit d'assister à ses matinales ablutions. Quand enfin il s'en alla, silencieusement, comme il était venu, nous pûmes enfin parler et échanger nos impressions sur les instants incroyables que nous venions de vivre.

© H. F.

MATÉRIEL UTILISÉ                                 

Boitiers : Nikon F801
Objectifs : Nikkor 80/200 mm F2.8, 300 mm F4.0
Films : Fuji Sensia II

 

 

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