Leurs cris sont aux forets tropicales ce
que les rugis-sements du lion sont à la savane africaine : un
écho qui continue de résonner dans nos esprits bien après
notre retour à la vie citadine.
Le ara Macao est un oiseau bruyant qui ne
sait pas voler sans pousser de hauts cris ! En pleine nature,
il est pourtant difficile de le voir et plus encore de
l'admirer de près. Très prisé par ceux qui voient la nature au
travers d'une cage et la liberté de voler entre deux
balançoire, le ara a vu sa population dangereusement réduite
au cours de ces cent dernières années, particulièrement au
Costa Rica. Autrefois représenté par des milliers d'individus
dans le pays, on ne le rencontre plus de nos jours que dans
deux régions protégées de la côte Pacifique : la réserve de
Carara et le parc national de Corcovado sur la péninsule
d'Osa. On estime aujourd'hui que probablement moins de deux
cent cinquante couples de aras Macao vivent encore en liberté
au Costa Rica. C'est à Corcovado, l'un des endroits les plus sauvages du pays, que nous avons passé quelques matinées avec ces "arcs-en-ciel volants". Mais on ne s'improvise pas connaisseur de la foret tropicale en quelques jours et l'idéal est de recourir aux services d'un guide naturaliste pour espérer atteindre le "graal".
Il a ensuite suffit que nous ayons une ouïe fine (un peu...),
une bonne vue (beaucoup...) et de la chance (énormément !).
Après plusieurs heures de marche dans la touffeur végétale,
l'océan Pacifique pour voisin, nous avons pu approcher
plusieurs perroquets. Et nous les avions mérités ! Humidité,
chaleur et insectes étaient les principaux ingrédients de
notre cocktail. Il manquait pourtant le fruit qui fait d'une
boisson un nectar.
Les aras sont habituellement visibles dans la canopée.
C'est-à-dire trente mètres au-dessus du sol, hauteur a priori
inatteignable pour le photographe non préparé. Mais ce
jour-là, nous les avons observés depuis la plage durant plus
d'une heure en restant juste à quelques mètres. Peut-être
faisions nous preuve de mimétisme avec le sable à près de
quarante degrés sous le soleil ! Peut-être étaient-ils trop
occupés pour se soucier de nous. Peut-être avons-nous
bénéficié d'une chance incroyable.
La chance de les voir bien sûr, mais plus encore de les
observer dans des conditions idéales. Tous les facteurs
étaient réunis : distance, hauteur et lumière.
Les aras vivent normalement en couple, unis pour la vie. Cela
n'empêche pas quelques querelles pour s'approprier la
meilleure branche du figuier et goûter les meilleurs fruits.
Nous avons donc assisté à des scènes de ménage bruyantes et
"hautes en couleurs".
Le ara fait preuve d'une agilité incroyable lorsqu'il est en
quête de nourriture, se déplaçant de branche en branche en
adoptant des positions plus acrobatiques les unes que les
autres. Et si la cueillette demeure une intense activité, il
sait aussi consacrer du temps au jeu et à la tendresse,
passant d'un arbre à 'autre au gré de son humeur. Jusqu'au
moment où l'arbre en question est le garde-manger habituel
d'un autre couple. Propriété privée, circulez ! Ils partirent
donc poussant des cris perçants, à la recherche d'un coin plus
calme.
Mais les aras sont sédentaires. Ils reviennent régulièrement
sur les mêmes arbres, aux mêmes heures. Il était dit que cette
rencontre, bien qu'unique, ne serait pas la seule. Nous
passâmes trois matinées avec eux...