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N°81
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BRETAGNE
:
entre
la mer et le golfe Texte
et photos : Yannick Le Boulicaut |
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Je
pénètre à la hauteur de Noyalo dans la presqu'île de
Rhuys. La mer est basse et j'hume à pleins poumons l'odeur
de l'air marin. A gauche, des colverts barbotent au pied
d'un ancien moulin à marée, à droite l'eau et la vase se
confondent en une douce harmonie de gris et d'argent. On
devine la silhouette de tadornes près du chenal, quelques
lates somnolent près du rivage. |
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Le soleil va bientôt disparaître derrière l'île aux
Moines et mon premier arrêt sera à la côte de Lasné.
Tascon est déjà dans l'ombre mais Ilur et Ilurie vibrent
dans les derniers rayons. Des oies bernaches cravants
ondulent dans le contre-jour foudroyant. Quelques judelles
(mot régional pour les foulques) décollent près des
vannes. des vols effilochées envahissent le ciel en feu à
l'horizon, dans mon téléobjectif dansent les clochers et
les toits d'ardoise qui accrochent les ultimes lueurs. Assis
sur un rocher moussu, j'entends l'eau pressée de recouvrir
la chaussée de Tascon : ça glougloute, ça chuinte dans
les chevelures goémonées.

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La nuit l'odeur est plus âpre, l'humidité se love autour
de mes bottes et tous les porcs de ma peau bouchés par la
vie citadine s'ouvrent aux souvenirs d'autrefois. Après
avoir ramassé des pommes toute la journée, nous allions
"à la cote" jouer autour de ces vannes rouillées
qui laissaient entrer le flot dans les anciens marais
salants. Nos parents s'activaient autour du pressoir et du
fourneau. Dans le grenier du grand-père, une lunette sur
pied permettait de voir cette fameuse côte, de repérer la
marée surtout, sublime maîtresse des gens du golfe.

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Aujourd'hui,
cette marée permet au photographe d'aller d'un site à l'autre,
de profiter de la course effrénée des bécasseaux sur la plage
du Kerver à marée haute en mai, et du ballet des mêmes
bécasseaux dans la réserve du Duer une heure plus tard. Marée
basse. L'anse de Saint-Colombier est un miroir piqué de milliers
de points noirs : gravelots et vanneaux arpentent le limon
nourricier. Des aigrettes déambulent à la limite de l'eau, les
pattes fouissant, le bec rapide à ravir sa proie, ébouriffés
par le vent d'Ouest, des hérons indécis vont et viennent. Entre
leurs pattes, quelques chevaliers gambette dessinent d'étranges
arabesques sur le sable mouillé. Au ras des parcs à huîtres de
la pointe du Ruault, huîtriers-pie et tadornes retiennent les
rayons de soleil. La présence de pêcheurs à pied en
"sabots de planche" et désormais des inévitables
pêcheurs en combinaison néoprène ne semble pas les offusquer. A
chacun sa pitance : vers arénicoles pour les uns, palourdes pour
les autres.
A
l'abri du vent, sous la digue du Duer, le regard s'emplit des vols
touffus de canards siffleurs, de sarcelles et de pilets. Un
courlis corlieu s'envole d'un bouquet de spartine anglaise. En
mai, je reviendrai flirter avec les élégantes échasses, barges
noires et à queues rousses. Les gambettes auront revêtu leur
livrée de marqueterie et raseront mon affût ; une buse
s'envolera d'un proche sapin et la senteur du goémon frais
titillera mes narines. A marée montante, je guetterai les
tourne-pierres sur les rochers du Kerver ou du Roaliguen,
trottinant sur le granit encore ruisselant, s'affairant dans les
petits trous d'eau. A quelques brassées de là, une pinasse
relèvera ses casiers et les premiers véliplanchistes de la
saison s'élanceront de la plage de Govelins.
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J'irai
alors à la pointe de Penvins. L'odeur y est différente,
plus forte, plus piquante. La chapelle blanche se soumet aux
vents du Sud-ouest et le petit chemin qui part de chaque
côté est une admirable promenade pour le botaniste et
l'ornithologue : ibis sacré qui revient du goulet de
Banastère, hordes de Bécasseaux, de pluviers et d'huîtriers,
bernaches cravants, pipits maritimes, alouette qui s'enivre
de son chant... Cette pointe est un régal ! Coté océan,
un muret de pierre sèches résiste dans bien que mal aux
assauts du vent. La mosaïque de couleurs des mousses et des
lichens invite à l'observation. Panicaut maritime, orpin
d'Angleterre, chou marin, pavot cornu, pourpier des plages
se disputent la place. En forme de gâteau feuilleté, les
rochers caractéristiques de cette mini-péninsule
accueillent toutes sortes de limicoles. A marée basse, la
baie vaseuse juste de l'autre côté leur offre abri et
pitance. |
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Les
huîtriers semblent apprécier tout particulièrement les rochers
du bout de la pointe et les bécasseaux se laissent approcher
facilement par le chemin qui longe la partie envasée. Cette
année, cinq nids de moineaux auront trouvé refuge entre les
vitraux de la chapelle et le grillage de protection. Les
étourneaux quant à eux se perchent en grappes sur le clocheton
et foncent comme des pirates sur le goémon récemment découvert.
Une corneille les imite et ne sait quoi faire d'un hippocampe qui
se tortille.
Le
soir venu je retournerai rêver à la pointe du Bilgroix à
l'entrée du Golfe ; les grands cormorans frôleront le rocher du
Mouton blanc pour se diriger vers l'île de Méaban. Phébus
endimanché de nuages pastel s'endormira sur Locmariaquer.
J'attendrai alors le rayon vert.
©
Y.L.B
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MATERIEL
UTILISÉ
Boîtiers
: Nikon F90 X
Objectifs : 24 mm, 300 mm, 500 mm - trépied avec rotule Arca Swiss
Films : Fuji Velvia - Fuji Sensia II
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